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mardi 17 septembre 2013

Match épique. Paul-Henri Mathieu Nadal. Roland Garros.

Lorsqu’il offre un spectacle d’exception, le sport ne fait-il pas la limpide démonstration de ce à quoi nous aspirons tous, l’élévation de l’âme vers des sphères inexplorées ? Peut-il produire le même effet qu’un vers assassin d'Arthur Rimbaud lorsqu’il nous aveugle jusqu’à nous tirer des larmes ? La première écoute d’une musique dont vous sentez qu'elle vous accompagnera tout au long de votre existence, la transe déclenchée par la vision d’un film dont vous garderez jalousement au fond de vous et pour toujours les morceaux de bravoure, souvenirs intimes de moments de grâce imprimés à jamais dans vos mémoires déchiquetées, tous ces moment uniques nourrissent, finissent par faire partie intégrante de votre être. Oui, le sport est un art majeur, une célébration, un feu d’artifices d’émotions supérieures et de sentiments dans le secret des voies impénétrables. Et que cela soit écrit une bonne fois pour toutes.

C’est pourquoi je veux ici et maintenant vous rapporter un moment sportif d’exception, lors d’une anodine et printanière après-midi de mai 2006. Je veux témoigner parce que les commentateurs ne furent pas à la hauteur de l’événement, pas plus que l’ensemble de la presse le lendemain. Chacun y allant d’un tiédasse « A l’issue de l’un des plus beaux matches de la quinzaine, le miracle n’a pas eu lieu ». Faux, archi faux, Messieurs. Miracle il y eut au cours d'un match d’une intensité aussi rare qu’inouïe. Car ce jour-là, un « petit » français, Paul-Henri Mathieu, devait servir de mise en bouche à l’extraterrestre spécialiste de la terre (sic), Rafael Nadal. Il aura pourtant livré la performance la plus accomplie de sa jeune carrière.


J’ai assisté cet après-midi là au plus grand match de tennis, au plus dramatique, au plus incroyable, au plus dantesque, au plus shakespearien depuis un certain Michael Chang-Ivan Lendl.


Un authentique combat de boxe où 2 adversaires se rendirent coup pour coup, ne lâchant pas le moindre bout de terrain, deux beaux diables livrant bataille jusqu’à leur(s) dernier(s) souffle(s).


Mais là où le pugilistique et titanesque Thomas Hearns Vs Marvin Hagler n’avait duré que quelques minutes d’une électricité folle, presque inhumaine, l’affrontement sur terre battue de ce mois de mai allait nous tenir en haleine, avec la même intensité, près de 5 heures. Vous connaissez beaucoup de musiques, de films, de chefs-d’œuvre qui vous illuminent dès la première seconde, sans faiblir, et ce 5 heures durant ?

Je peux dire à toutes celles et ceux qui auront loupé cet événement sportif rare, qu’il est de la trempe d’un France-Allemagne 1982.


Notre « héros » en sort battu mais grandi, et ce pour l’éternité. Un tenant du titre qui n’aura jamais autant souffert depuis la prise de son pouvoir lors de l’édition précédente. Le mettre en péril, c’était alors chose rare, passer à un cheveu de le terrasser, sentir que ce fut possible, voilà qui était de l’ordre de l’impensable. Paul-Henri ce jour là était de cette trempe, de la trempe des impensables qui vous entraînent derrière eux vers la foi qu’à l’impossible nul n’est tenu.

Comme dirait Thierry Roland un fameux soir de juillet 1998 : « après un match pareil, on peut mourir tranquille… » Même après une défaite.


Alors Paul-Henri, je voulais te l’écrire. Tu n’as pas le palmarès de ton adversaire du jour, mais à l’échelle « sentiments » de Richter, tu a les 4 grands chelems, tu les as gagné 10 ans de suite, pulvérisé tous les petits records… Dis-toi que ce match à mes yeux et dans mes souvenirs d'amoureux du sport occupe désormais une place à part, vaut toutes les couronnes du monde, parce que je n’avais pas vibré comme ça depuis des lustres et tu en fus le principal chef d’orchestre. Tu es désormais intouchable, pardon impensable, bref comme il te plaira. Tu es devenu l’un de ces rares passeurs vers des contrées vierges, peut-être oubliées où, à l’abri des doutes, l’esprit défiant toute logique redevient conquérant. C’était sûrement le match de ta vie, l’un des moment sportifs de ma vie de spectateur.

Et ne serait-ce que pour cela, PHM, parce que je ne l’ai lu nulle part à l’époque, je voulais te dire Merci.

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